Identité bretonne

Marw Nevenoue

mardi 7 mai 2013

LA MORT DE NOMINOE

Nominoé était un homme d’état pragmatique et cohérent. Sa carrière en fait foi. Comte de Vannes, sans doute depuis 819, sa gouvernance du Bro-Werec dut être exemplaire, puisqu’en 832 il fut promu fondé de pouvoir de l’empereur franc. Sa gestion du péril normand montre qu’il préférait la diplomatie à des luttes aléatoires, sans terme prévisible. Sa politique ecclésiastique montre son souci de la cohésion de l’état. L’élimination des garnisons franques de Rennes et Nantes, en 850, fait partie du processus de réintégration des Marches bretonnes dans l’ensemble de la Brittania.

Cependant, beaucoup d’historiens, à la suite des chroniqueurs adverses, présentent le Nominoé d’après 845 comme un chien fou, attaquant, détruisant, pillant, sans objectif raisonné. Cela peut, il est vrai, convenir à leur propre position. Trier le vrai et le faux dans annales et chroniques, (et de préférence sans les falsifier) est souvent ardu. Mais on atteint un degré étonnant d’absence de discernement avec la mort de Nominoé.

Le 7 mars 851 la mort toucha le princeps breton, à Vendôme, disent tous. Or ce Vendôme ne sort ni d’Annales, ni de Chroniques. Il est puisé dans Pierre Le Baud, source parfois précieuse, mais généralement tenue pour mal assurée par les historiens titrés. Mais en l’occurrence le scoop est trop sensationnel pour ne pas être saisi.

Voilà donc un souverain, en charge d’un pays toujours menacé, doté d’une armée respectée, mais à moyens limités, un souverain qui délaisse son poste de gouvernement pour engager son armée dans une campagne d’hiver, à plus de 200 km en territoire ennemi, au péril d’une inévitable contre-attaque. Et cela sans objectif perceptible. Cela passe toutes les bornes de l’invraisemblance.

Et pourtant, Pierre Le Baud situe Vendôme dans une « région frontière de la Francia » (H.Guillotel, BSR 277). Etrange précision, puisque Vendôme est justement en Francia. En saine logique, cela indique que l’évènement eut lieu hors de la Francia. Vendôme est donc à éliminer. Si, par contre, on le remplace par Vendel, on se trouve à 18 km à l’ouest de la limite de la Marche bretonne, là où commence la Francia.

Il est clair que « Vendôme » est une erreur de restauration, et que le grand scoop se résume en une morsure de souris ou d’un petit ver dans un parchemin.

Nominoé mérite le respect.


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